Responsabilité du gestionnaire d’immeuble en matière de sécurité
Obligations, risques juridiques et plan d'action : ce que le gestionnaire d'immeuble doit assurer en sécurité au Québec, et comment s'outiller pour le faire.

Au Québec, le gestionnaire d’immeuble répond de la sécurité du bâtiment et de ses occupants dans la mesure de son mandat : il doit faire vérifier les systèmes, tenir les registres à jour, préparer les mesures d’urgence et informer le propriétaire par écrit de ce qui doit être corrigé. Quand il néglige une obligation qu’il a acceptée par contrat, sa responsabilité civile, et dans les cas graves pénale, peut être engagée. Voici ce que cela veut dire concrètement, obligation par obligation, et comment organiser votre année pour ne rien laisser au hasard.
En bref
- Le Code de sécurité du Québec s’adresse aux propriétaires, aux gestionnaires et aux usagers des bâtiments : vous n’y échappez pas en étant mandataire.
- Vos obligations de base : entretien et vérification périodiques des systèmes de protection incendie, registre d’inspection, plan de sécurité incendie et de mesures d’urgence (PSI-MU), exercices d’évacuation.
- En copropriété, le carnet d’entretien doit être mis à jour chaque année et révisé au moins tous les cinq ans (dix ans pour les petits immeubles).
- Votre responsabilité dépend de votre contrat : ce que vous avez accepté d’entretenir, vous devez le faire, ou avertir le propriétaire par écrit.
- Un calendrier annuel, des employés formés et une surveillance documentée réduisent le risque pour les occupants comme pour vous.
Table des matières
- Ce que la loi attend d’un gestionnaire d’immeuble
- Vos obligations, une par une
- Quand votre responsabilité peut-elle être engagée?
- Propriétaire, gestionnaire, locataires, fournisseur : qui fait quoi?
- Un plan d’action pour l’année
- Notre point de vue : la documentation et la présence font la différence
- S’outiller : surveillance, intervention et formation
- Questions fréquentes
- Sources
Ce que la loi attend d’un gestionnaire d’immeuble
Il n’existe pas une seule loi qui définit « la » responsabilité du gestionnaire en sécurité. Elle découle de plusieurs textes qui se superposent : le Code de sécurité du Québec (chapitre Bâtiment), le Code civil du Québec, le Code criminel canadien et votre contrat de gestion.
La Régie du bâtiment du Québec (RBQ) précise que le Code de sécurité s’adresse aux propriétaires, aux gestionnaires et aux usagers des bâtiments, équipements et installations. Le gestionnaire est donc nommé directement, pas seulement le propriétaire.
Le gouvernement du Québec va dans le même sens pour les organismes d’habitation : les gestionnaires, administrateurs et employés doivent veiller à l’entretien et à l’amélioration des immeubles. La vérification systématique et ordonnée sert à connaître l’état du bâtiment, à planifier les travaux et à intervenir selon les ressources disponibles.
Retenez une idée : la loi ne vous demande pas d’éliminer tout risque. Elle vous demande d’agir de façon prévoyante, de vérifier, de consigner et d’alerter les bonnes personnes.
Vos obligations, une par une
Entretenir et vérifier les systèmes de protection incendie
Les obligations prévues par le Code de sécurité comprennent notamment l’entretien et la vérification périodiques des systèmes de protection contre l’incendie. Pensez aux extincteurs, à l’éclairage de secours, aux alarmes, aux gicleurs et aux issues. Chaque équipement a sa fréquence de vérification : le gestionnaire s’assure qu’elle est respectée, par du personnel compétent ou par des entreprises spécialisées.
Tenir un registre d’inspection
La RBQ indique que le chapitre VIII exige des propriétaires et exploitants un registre d’inspection du bâtiment contenant les résultats des vérifications et des essais périodiques obligatoires des éléments qui assurent la sécurité. Ce registre est votre meilleure preuve en cas de sinistre ou de contrôle : une vérification non consignée est difficile à démontrer.
Le registre doit aussi réunir les documents d’entretien, de modification et de réparation visés par le Code.
Produire et tenir à jour le PSI-MU
Pour les habitations visées par le guide gouvernemental, les propriétaires et gestionnaires doivent produire et mettre à jour le plan de sécurité incendie et de mesures d’urgence (PSI-MU). Le même guide leur attribue ces tâches :
- coordonner les mesures d’urgence;
- planifier les exercices d’évacuation ou y participer;
- assurer la sécurité des locataires et du bâtiment;
- diffuser l’information aux locataires.
Le plan couvre notamment les systèmes de protection, l’équipe d’urgence et les consignes à suivre. Un plan rédigé il y a cinq ans, avec des noms de responsables qui ont quitté l’immeuble, ne protège personne.
Tenir le carnet d’entretien en copropriété
Si vous gérez une copropriété, l’article 1070.2 du Code civil oblige le conseil d’administration du syndicat à faire établir, tenir à jour et réviser périodiquement le carnet d’entretien. Le règlement prévoit un inventaire des parties communes, des matériaux, appareils et équipements, les travaux requis et leur fréquence, les réparations, les contrats, les garanties, les rapports d’inspection et les manuels d’entretien.
La règle de mise à jour est précise : au moins une fois par année, avec une révision au moins tous les cinq ans. Ce délai passe à dix ans si l’immeuble compte au plus huit parties privatives, n’a aucune partie commune située dans un bâtiment ou compte au plus trois étages entièrement hors sol.
Assurer la continuité de la couverture d’assurance
Pour une copropriété, l’article 1073 du Code civil oblige le syndicat à souscrire une assurance couvrant sa responsabilité envers les tiers, ainsi que celle des membres du conseil d’administration et du gérant. Si vous êtes gestionnaire externe, demandez aussi dans votre contrat la couverture qui vous protège personnellement, et conservez les attestations de renouvellement.
Pour les HLM : un rôle de supervision explicite
Dans le cadre des HLM, la Société d’habitation du Québec précise que le directeur doit planifier, organiser et superviser l’entretien préventif, s’assurer que les vérifications mensuelles et annuelles sont faites, tenir l’historique des composants et transmettre au centre de services les désordres importants signalés par le préposé à l’entretien. Même hors du réseau HLM, cette logique est un bon modèle : vérifier, consigner, escalader.
Quand votre responsabilité peut-elle être engagée?
La responsabilité civile : faute, omission, négligence
Le Code civil du Québec traite de la responsabilité civile dans des sections distinctes : conditions de la responsabilité, fait ou faute d’autrui, fait des biens, exonération et partage de responsabilité. Concrètement, un gestionnaire peut être poursuivi s’il commet une faute ou une omission et qu’un préjudice en résulte.
L’article 1467 vise le propriétaire : il doit réparer le préjudice causé par la ruine, même partielle, de son immeuble, qu’elle résulte d’un défaut d’entretien ou d’un vice de construction. Le gestionnaire, lui, répond en fonction de ce qu’il a accepté de faire.
Un exemple tiré de la jurisprudence
Un bulletin juridique de Lavery résume l’affaire Monit c. Samen : la Cour d’appel du Québec y a retenu la négligence grossière d’une société de gestion. Elle avait laissé une dalle de stationnement se détériorer pendant une longue période, alors qu’elle connaissait l’ampleur de la dégradation et avait l’obligation contractuelle d’entretenir et de préserver l’immeuble.
La même analyse tire deux leçons pratiques. Premièrement, le gestionnaire devrait recommander par écrit au propriétaire les programmes d’entretien, les réparations importantes et les dépenses en capital, avec les budgets correspondants. Deuxièmement, des contraintes budgétaires imposées par le propriétaire ne font pas nécessairement disparaître une obligation claire d’entretien assumée par contrat. L’écrit protège : un courriel daté qui signale un risque vaut mieux que mille conversations.
Le volet criminel : rare, mais réel
L’article 217.1 du Code criminel impose à quiconque entreprend ou a autorité pour diriger le travail d’autrui le devoir de prendre des mesures raisonnables pour prévenir les lésions corporelles liées à ce travail ou à cette tâche. Cela concerne surtout les gestionnaires qui supervisent du personnel d’entretien, des préposés ou des sous-traitants.
Le ministère de la Justice du Canada rappelle qu’une condamnation pour négligence criminelle causant des lésions corporelles exige la preuve, hors de tout doute raisonnable, d’un manquement à une obligation légale, d’une insouciance déréglée ou téméraire envers la vie ou la sécurité, d’un préjudice corporel et d’un lien causal. Les peines maximales vont jusqu’à dix ans pour des lésions corporelles et jusqu’à l’emprisonnement à perpétuité en cas de décès. Le seuil est élevé, mais il montre que ignorer un danger connu n’est jamais anodin.
Propriétaire, gestionnaire, locataires, fournisseur : qui fait quoi?
Le partage dépend toujours du contrat et du type d’immeuble. Voici un repère général pour clarifier les rôles avant un incident plutôt qu’après.
| Acteur | Rôle habituel en sécurité | À documenter |
|---|---|---|
| Propriétaire ou syndicat | Décide et finance les travaux, souscrit les assurances, reste responsable du bâtiment | Budgets approuvés, refus de travaux, polices d’assurance |
| Gestionnaire | Planifie et supervise l’entretien, tient les registres, coordonne les mesures d’urgence, alerte le propriétaire | Inspections, recommandations écrites, suivi des contrats |
| Locataires et occupants | Respectent les consignes, signalent les problèmes, participent aux exercices | Avis diffusés, signalements reçus |
| Fournisseur de sécurité | Surveille, patrouille ou intervient selon le mandat défini | Rapports de ronde, interventions, incidents |
Un fournisseur de sécurité n’enlève pas votre responsabilité de gestion : il exécute un mandat précis. Plus ce mandat est clair (zones, heures, consignes en cas d’alarme, personne à joindre), moins il y a de zones grises.
Un plan d’action pour l’année
Voici une méthode simple, applicable à un immeuble de bureaux, à un ensemble résidentiel ou à une copropriété.
- Relisez votre contrat de gestion. Listez ce que vous avez accepté d’entretenir, de vérifier et de surveiller. C’est la base de votre responsabilité.
- Dressez l’inventaire des équipements de sécurité. Extincteurs, alarmes, éclairage de secours, issues, caméras, contrôle d’accès, avec la fréquence de vérification de chacun.
- Planifiez les vérifications dans un calendrier partagé. Mensuelles, annuelles, et celles exigées par des spécialistes.
- Consignez tout dans le registre. Date, personne responsable, résultat, correctifs. Joignez les rapports des entreprises externes.
- Mettez à jour le PSI-MU. Responsables, coordonnées, plans d’étage, consignes. Diffusez-le aux occupants.
- Planifiez les exercices d’évacuation. Après chaque exercice, notez ce qui a ralenti l’évacuation et corrigez.
- Signalez par écrit au propriétaire toute dépense nécessaire, avec une estimation et un délai. Gardez les réponses.
- Vérifiez les attestations d’assurance de vos fournisseurs et leur renouvellement.
- Formez le personnel. Un préposé qui sait utiliser un extincteur ou déclencher l’évacuation réduit la durée d’un incident.
- Faites une revue annuelle des incidents, quasi-incidents et signalements, et ajustez le plan.
Notre point de vue : la documentation et la présence font la différence
Chez XGuard, nous travaillons avec des gestionnaires immobiliers, des commerces, des chantiers et des organisations de la santé et de l’éducation dans le Grand Montréal. Ce que nous observons : les problèmes de sécurité viennent rarement d’un manque de volonté, mais d’un manque de suivi. Une ronde non consignée, une alarme dont personne ne vérifie la cause, un plan d’urgence que les occupants n’ont jamais vu.
C’est pourquoi nous croyons à une sécurité visible et traçable. Notre supervision en temps réel et notre portail web et mobile de suivi des opérations permettent au gestionnaire de voir ce qui a été fait, quand et par qui. Pour nous, la transparence n’est pas un extra : c’est ce qui permet à un gestionnaire de démontrer qu’il a agi avec prudence. Nous croyons aussi que la formation des équipes sur place compte autant que la surveillance : un agent ou un employé formé réagit mieux.
— Nicolas Legault
S’outiller : surveillance, intervention et formation
Une fois vos obligations cartographiées, vous pouvez en déléguer une partie. Voici ce que nous proposons, sans remplacer votre rôle de gestionnaire.
- Surveillance et agents sur site : présence d’agents de sécurité et patrouille mobile, ainsi que vidéosurveillance basée sur des événements, réponse d’alarme à distance et ronde de garde virtuelle. Pour savoir comment préparer vos protocoles, consultez notre guide sur l’intervention en cas d’alarme.
- Formation de vos employés : notre offre SST comprend le maniement des extincteurs portatifs à 15 $ par personne, les mesures d’urgence et l’évacuation à 29 $ par personne, et un plan de mesures d’urgence (sans prix publié). Voyez la formation en mesures d’urgence pour votre équipe d’entretien.
- Secourisme : la formation de secourisme en milieu de travail est offerte à 147,17 $.
- Chantiers et travaux : si des travaux touchent la circulation autour de l’immeuble, nos signaleurs routiers certifiés peuvent encadrer la zone.
Les prix indiqués sont ceux publiés sur notre site; vérifiez la page de chaque formation pour l’offre en vigueur.
Questions fréquentes
Le gestionnaire est-il responsable si le propriétaire refuse de payer des travaux de sécurité?
Cela dépend de votre contrat et de ce que vous avez fait. Une obligation d’entretien clairement assumée ne disparaît pas automatiquement à cause d’une contrainte budgétaire du propriétaire. Recommandez les travaux par écrit, avec budget et échéancier, et conservez les réponses : cette documentation est votre protection pratique. Pour une situation précise, consultez un avocat en droit immobilier.
Faut-il un registre d’inspection pour tous les immeubles?
La RBQ exige un registre d’inspection des propriétaires et exploitants visés par le chapitre Bâtiment du Code de sécurité, avec les résultats des vérifications et essais périodiques obligatoires. Vérifiez sur le site de la RBQ si votre type de bâtiment est visé. Même quand il n’est pas obligatoire, le tenir facilite la preuve de vos vérifications.
Quelle est la fréquence de mise à jour du carnet d’entretien d’une copropriété?
Le carnet doit être mis à jour au moins une fois par année et révisé au moins tous les cinq ans. Pour les immeubles de huit parties privatives ou moins, sans partie commune dans un bâtiment, ou d’au plus trois étages entièrement hors sol, la révision se fait au moins tous les dix ans.
Un fournisseur de sécurité transfère-t-il la responsabilité à son entreprise?
Non, pas entièrement. Le fournisseur répond de l’exécution de son mandat, mais le gestionnaire garde la responsabilité de bien le choisir, de définir les consignes et de superviser le travail. Exigez un contrat précis, des rapports réguliers et une attestation d’assurance à jour.
Sources
- RBQ : Chapitre Bâtiment du Code de sécurité du Québec
- RBQ : Registre d’inspection du bâtiment
- Guide de conception d’un PSI-MU pour les habitations
- Code civil du Québec, article 1070.2
- Règlement sur le carnet d’entretien
- Code civil du Québec, article 1073
- Code civil du Québec, article 1467
- Code civil du Québec (texte complet)
- Gouvernement du Québec : Entretien préventif des immeubles
- SHQ : Entretien préventif des immeubles, section 5
- Lavery : bulletin d’information juridique pour le secteur immobilier
- Code criminel, article 217.1
- Ministère de la Justice du Canada : responsabilité criminelle pour les décès et blessures au travail


